Nous sommes tous Guy Lafleur

Saturday, March 16, 2019
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Imagine une de ces froides soirées d’hiver où la famille se réunissait autour du poste de télévision pour écouter la partie de hockey du samedi soir…

Ça criait et ça hurlait dans tous les coins de la maison pour encourager les soldats de la flanelle. C’était si intense que t’avais peur que des policiers débarquent et qu’ils emportent ton père pour avoir troublé la paix.

Même si dans ton souvenir ça te faisait sourire qu'on se crie après pour exprimer son bonheur, tu te souviens surtout que ce brouhaha d’adultes t’intimidait un peu.

Souvent, tu préférais regarder la neige tomber dehors, les coudes appuyés sur le rebord de la fenêtre. T’aimais te perdre dans tes songes où tu devenais le compagnon de trio du démon blond.

Tu revoyais en boucle la passe parfaite qui tu lui avais servie et du clin d’oeil que The Flower t’avait adressé après avoir marqué son but. Ces images étaient si réelles, que tu t’étais convaincu que ton nom figurait dans le vestiaire du Canadien, quelque part entre Robinson et Gainey.

Inspiré par ce sentiment de puissance, tu t’élançais à travers la mêlée massée devant le téléviseur, jouant du coude pour avoir une dernière poignée de crottes de fromage avant de sortir dehors, tes patins noués autour de ton cou, ton bâton de hockey sur l’épaule.

Le temps qui faisait dehors ne t’intimidait pas. T’étais investi de l’esprit des Glorieux, prêt à relever tes manches pour affronter l’ennemi, peu importe sa forme.

Tu courais à toute vitesse vers la patinoire avec la dernière phrase de ta mère qui résonnait dans ta tête : « Ne reviens pas trop tard, là ! ». T’avais fini par comprendre que peu importe l’heure où tu décidais de rentrer, c’était toujours trop tard pour elle.

Tu savais que dans son cœur, tu étais plus important que la coupe Stanley et tu ne voulais pas qu’elle s'inquiète trop, et pour cette raison, tu te dépêchais pour profiter de chaque seconde.
T’espérais qu’il y aurait déjà des joueurs, qu’ils avaient pris la peine de déneiger la glace.

Hors d'haleine, t’arrivais juste au bon moment. Le temps d’enfiler tes patins dans la petite cabane qui pue, pis on lançait déjà les bâtons au centre de la glace pour former les équipes, comme si on t’avait attendu avant de commencer.

D’habitude, tu reconnaissais certains visages. Ça te réconfortait un peu de penser que quelque part, des amis t’avaient donné rendez-vous.
Ces soirées sur la glace attiraient toute sorte de monde.

Y'en avait toujours un qui te regardait avec son petit air baveux, la cigarette au bec, convaincu qu’avec ses bottes, il allait aussi vite qu’avec son ski-doo.

Y’avait aussi des ti-culs tout énervés qui découvraient la place et ça te rassurait un peu de pouvoir déjouer quelques novices avec tes dribles de rondelle pas toujours su a coche.

Parfois, ces ti-culs n’avaient de petit que le cul. Même s’ils étaient plus jeunes que toi, certains arrivaient à te déjouer presqu’à tous les coups, mais c’était pas ben grave, parce que personne ne s’était jamais moqué de toi.

Il arrivait que les plus grands n’aient de grand que le nom sur leur chandail. Ils arboraient avec fierté le chandail de Mario Lemieux, mais patinaient sur la bottine avec la grâce d’un pingouin qui n’était pas de Pittsburg.

Y’avait aussi des frais-chiés du midget AAA qui venaient juste pour montrer qu’ils étaient bons, mais qui finissaient par se faire tasser, parce qu’on ne tolérait pas les mangeux de puck dans ce genre de partie.

Des pépés qui n’avaient plus besoin de mouthpiece, mais qui pourchassaient la rondelle avec du feu dans les yeux comme l’avait fait Richard, toujours aussi vivace dans leurs souvenirs de jeunesse.

Des pas bons qui rentraient tout le monde dans les bandes pour compasser le fait qu’ils se faisaient déjouer par des ti-culs.

Des tites filles qui suivaient leurs grands frères avec leur bâton en plastic rose pis leurs patins de fantaisie.

Mais à mesure que le jeu gagnait en intensité, tout le monde finissait par trouver sa place dans la danse.

Entre les joueurs aguerris, ceux qui s’imaginaient professionnels et ceux qui étaient juste là pour prendre l’air, il se créait une atmosphère de camaraderie confortable et inattendue.

C’était comme si la glace faisait fondre les différences. T’avais l’impression de pouvoir devenir l’ami de n’importe qui, tant que t’étais capable de faire une passe sur le tape de la palette.

C’était pour vivre ces instants magiques que tu passais tes soirées d’hiver à jouer dehors.

Même si tu aimais ça regarder les parties à la télé, rien ne valait ces brefs instants où t’avais l’occasion d’établir une connexion authentique avec quelqu’un que tu ne connaissais pas, mais dont tu te sentais proche d’une manière inexplicable.

Le jeu a cette capacité d’unir les gens.

Le hockey est une tradition qui garde bien vivant cet élan qui nous pousse à vouloir connecter avec ceux qui semblent différents de nous.

Tous ceux que tu avais croisés un jour sur la patinoire s’étaient imaginés à la place de Guy Lafleur; en échappé dans une finale de la coupe Stanley, à faire vibrer les cordages devant une foule en liesse qui scandait son nom.

C’est en jouant dehors que j’ai compris que tout ce qui nous unit est composé des rêves que nous partageons.

Enfile tes patins, pis va jouer dehors, y’a tes amis qui t’attendent pour commencer la partie.

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