Hurler à la lune Lumière sur un des plus grands mystères de nos forêts québécoises

30 mars 2026
FD François D.
30 mars 2026
Hurler à la lune Lumière sur un des plus grands mystères de nos forêts québécoises

As-tu déjà entendu le chant d’une bande de loups en nature ?

Si tu as eu la chance de vivre cette expérience, possiblement que t’a un prétexte pour t’acheter de nouvelles bobettes… Non sérieux, le frisson est bien réel, quelque chose d’électrique et de mystérieux émane de sa complainte, pleine lune ou pas…y’a pas grand-chose qui fout autant la frousse qu’une bande de loups qui hurlent dans l’obscurité.

Y’a pas de honte à avouer sa peur. La peur des loups est dans l’imaginaire des Hommes depuis longtemps.   Bête sanguinaire, fantastique ou seulement nuisible,  l’Homme a toujours eut une perception biaisée de cet animal aux nombreuses qualités.

À l’approche de l’halloween, et aussi question de t’épargner quelques désagréments dans la région de l’entre-jambe la prochaine fois que tu entendras ces hurlements seul dans le fin fond des bois, je lève le voile sur un des habitants les plus mystérieux de nos forêts.

Un peu d’histoire

L’homme aurait domestiqué le loup 10 000 ans avant J-C. Il a tellement apprécié ses qualités, qu’il l’a en a fait un animal très présent dans sa vie. Dans l’Antiquité, le loup était un symbole de force, de lumière et de fertilité, c’est d’ailleurs un animal associé au mythe de création de Rome (la Louve nourricière), le berceau de notre civilisation.

C’est avec le début du christianisme que l’image du Canis lupus (non, ce n’est pas le nom d’une maladie vénérienne, mais la désignation latine du loup) se ternit. Pendant le Moyen Âge, l’Église catholique se servant de l’image d’innocence de la brebis pour évoquer la fragilité des Hommes, elle associe des traits diaboliques à cette bête sanguinaire qui chasse le troupeau.

Cette image négative associée au loup  s’est ensuite emparée de l’inconscient collectif pour se répandre dans le folklore et dans les contes où le «  Grand Méchant Loup », possède maintenant des pouvoirs surnaturels (comme pouvoir détruire une maison de bois avec son souffle). Pas étonnant qu’on le craigne, ou nous le dépeint depuis notre enfance comme l’incarnation du Mal !

En Amérique, beaucoup de tribus autochtones adoptent le loup comme animal totem. Celui-ci devient donc un protecteur et un auxiliaire à notre Dieu Créateur. Les autochtones lui reconnaissent des qualités d’intelligence de courage et d’agilité. Au contraire des premiers colons qui continuent à considérer le loup comme une menace constante, il n’y pas vraiment d’animosité  entre le loup et les peuples amérindiens.

Chasser la bête

Malheureusement, les premiers colons importent avec eux la « haine du loup » et continuent à considérer celui-ci comme une espèce nuisible, allant même jusqu’à mettre sur pied des campagnes de décimation en encourageant l’abattage des loups. « L’Acte pour encourager la destruction des loups » voté en 1831 prévoyait des récompenses en argent à ceux qui ramenaient la carcasse des loups.

Crois-le ou nom, ce genre de système qui encourage la destruction de l’espèce prévaut jusqu’en 1957 ! À partir de 1961, ces mesures « s’adoucissent » en priorisant un abattage sélectif plutôt qu’une n’annihilation aveugle. À partir de 1971, le gouvernement cesse le système de primes et prend en charge le contrôle de la population de loups, surtout en raison de la pression des chasseurs qui veulent protéger leur gibier ongulé (oui, c’est ça, les animaux qui ont des sabots).

Jusqu’en 1979, les méthodes utilisées par le gouvernement pour contrôler la population de loups sont principalement le piégeage et l’empoisonnement par la strychnine. Bien qu’elles été dénoncées au grand public et depuis et très contestées par la suite, certaines municipalités utilisent encore aujourd’hui des politiques incitatives pour se débarrasser des loups ! Ça te donne une idée à quel point cette mentalité de décimation est ancrée dans la population.

Aujourd’hui, le ministère de la faune met beaucoup d’efforts pour changer cette image négative associée au loup. Elle étudie le comportent des loups, soigne les animaux en difficulté, relocalisent les individus problématiques et fait un travail de prévention et d’éducation  auprès de la population afin détruire les préjugées concernant cet animal avec lequel il est tout à fait possible de vivre en harmonie.

La répartition du loup au Québec

Malgré tous les sévices qu’on lui a fait subir, Il y aurait environs 7000 loups au Québec. Chassés des endroits où vivent les Hommes, ils règnent en maitres dans les grands espaces sauvages, d’Amérique, d’Europe et d’Asie.

Loup ou coyote ?

Souvent confondu avec le coyote, le loup est un peu plus gros que ce dernier. Le loup et le coyote sont cependant de la même espèce et en s’accouplant, peuvent donner naissance à des rejetons en parfaite santé qui peuvent se reproduire à leur tour. C’est la déforestation et les changements climatiques qui pousseraient de plus en plus de loups à s’accoupler avec le coyote.

Comment l’identifier

La fourrure du loup québécois est, plus souvent qu’autrement, grise. La fourrure de certains individus se rapproche davantage du beige ou du gris pâle et d’autres plus du gris foncé ou du noir. Leur pelage a tendance à pâlir l’hiver dû à la repousse de petits poils courts de couleur blanche et à devenir plus sombre l’été. Il existe aussi une quantité négligeable de loups blancs, mais ils sont davantage présents dans les territoires arctiques et dans le Labrador.

Le poids du mâle peut varier entre 25 et 40 kg et celui de la femelle entre 20 et 30 kg.

Reproduction

Dans une meute, seule la femelle dominante donnera naissance à des petits. La période d’accouplement se déroule en février et la période de gestation est d’environ 62 jours. La mise bas se déroule donc à la fin avril et au début mai. La meute s’agrandit donc de 5 à 7 louveteaux par année.

À partir de la naissance des petits, la meute devient semi-nomades pendant tout l’été, jusqu’à que les louveteaux soient assez forts pour suivre la bande dans ses grandes activités de chasse pendant l’automne. Toute la meute participe à l’éducation des petits.

Le loup est un animal fidèle et les membres du couple dominant resteront partenaires toute leur vie durant. Cette association détermine en quelques sortes la structure sociale du reste de la bande.

La meute

L’Homme a tendance à faire l’étalage de ses qualités sociales qu’il met de l’avant pour faire la preuve de son évolution, mais l’organisation du clan du loup démontre des qualités de coopérations qui dépassent sur plusieurs plans la compétence des humains à s’entraider, car le loup n’hésite pas à se sacrifier ou mettre sa vie en jeu pour préserver l’équilibre dans la meute.

La taille des meutes varie habituellement entre 3 et 15 individus et dépend en grande partie de la population d’orignaux sur leur territoire. Dans des régions plus nordiques, le loup chasse aussi le cerf et le caribou. Le castor et le lièvre s’ajoute parfois à son régime surtout en hiver. La taille du clan et le taux de naissance est directement proportionnelle aux ressources disponibles sur le territoire.

Comme l’humain, la structure sociale du loup est hiérarchique

Le clan est dirigé par un meneur, habituellement un mâle populaire et reconnu au sein du clan pour sa force, son intelligence, sa sagesse et la façon dont celui-ci témoigne sa reconnaissance pour les gestes de loyauté qui lui sont adressés. Le fait que le mâle alpha est le géniteur de la plupart des membres du clan renforce les liens entre les individus de la meute.

Le rôle de mâle dominant est d’assurer la cohésion du clan dans ses efforts de survie et s’il échoue dans cette tâche, les membres du clan n’hésiteront pas à désigner un nouveau chef. Un loup peut donc devenir alpha s’il le souhaite ou encore constituer une nouvelle meute avec des individus qui lui sont fidèles.

La compétition entre les membres d’un clan est assez saine, car les bons meneurs sont habituellement assez sages pour maintenir au sein de la meute un climat dénué de stress et favorable à la survie. Par exemple, si les autres loups le laissent se servir en premier, il n’est pas rare que le loup alpha soit tolérant avec ceux qui approchent, car il est conscient que la cohésion entre les membres du clan est importante.

Les liens d’attachement au meneur sont renforcés par des comportements distinctifs comme se frotter le museau lors d’événements importants, comme une séparation ou la fin d’une chasse. Il est donc assez facile de distinguer le loup dominant dans une bande, car c’est lui qui reçoit le plus d’attention.

Le loup dominant aura aussi tendance à fixer les membres du groupe du regard, tandis que le que les individus subalternes auront tendance à éviter ses yeux fixés sur eux.

La chasse

La meute parcours en moyenne quotidiennement de 20 à 30 km en hiver comme en été. L’étendu des territoires parcourus par la meute est vaste, et peu, dans certaines régions où le gibier est moins abondant, atteindre 1000 km2, mais la moyenne tourne autour de 200 à 300 km2.

Les techniques de chasse des loups sont élaborées, mais ne sont pas infaillibles. Ce n’est pas parce qu’une bête est traquée que la bande parviendra à la mettre à mort. Comme beaucoup d’autres prédateurs, les loups sont opportunistes. Leurs proies potentielles sont souvent blessées, plus jeunes et inexpérimentées.

Les observations scientifiques portent à croire que la bande traque d’abord les proies à l’odeur, mais il arrive aussi que celles-ci croisent leur route de façon fortuite.

Une fois le premier contact visuel établit, les loups tentent d’évaluer la force de la proie par un sprint de moins de 7 km. S’il la proie réussit à distancer la bande à l’intérieur de cette distance, ils abandonnent la poursuite,  jugeant l’aventure trop énergivore.

Par contre, si les efforts de traque en valent la peine, la bande peut ainsi fatiguer une proie en la poursuivant pendant plusieurs jours avant de porter l’attaque finale. Selon la nature et la vigueur du gibier, la topographie peut aussi être mise à profit par les loups pour fatiguer la proie ou pour lui dresser une embuscade. Par exemple en l’acculant à une paroi rocheuse ou une rivière tumultueuse.

Contrairement à l’Homme, les loup chassent pour se nourrir et non pour le plaisir. Ils utilisent plus de 80 % de la carcasse qu’ils consomment en alternant des phases de gavage et de jeûne. À titre d’exemple, un orignal adulte peut nourrir une bande de 5 loups pendant environ 10 jours.

Compte tenu de la force phénoménale de ses mâchoires, un loup peut facilement être seul pour mettre à mort un cerf  ou un jeune orignal. Bien qu’ils chassent en meute la plupart du temps, il peut arriver que des individus chassent seuls pour tirer avantage des meilleurs morceaux de viande, car selon la hiérarchie établit dans la meute, le mâles et la femelles dominants se servent habituellement en premier.

Des voisins bruyants

Le succès des loups à la chasse nuit à sa réputation. La présence de corbeaux (autre représentant mythique associé par les humains aux forces de l’ombre), nécrophages parmi les plus intelligents,  est presque indissociable de celle des loups. On peut les apercevoir sur les lieux de carnage perchés dans les arbres avoisinants, attendant que tous les membres de la meute soient repus. Au fil du temps, cette relation est devenue si étroite que les corbeaux arrivent souvent à s’alimenter sur les carcasses sans craindre d’être chassé.

Le loup joue un rôle clé dans l’écosystème de nos forêts. Sa présence exerce une pression sélective sur les herbivores et contribuent ainsi à l’épanouissement de la flore. Sa présence contribue aussi à maintenir à distance certains prédateurs dont la population trop dense pourrait nuire à l’équilibre de l’ensemble.

Pour les humains, le loup est aussi un rappel de l’importance de tout mettre en œuvre pour maintenir l’équilibre de la nature. D’où l’importance d’essayer de mieux le comprendre pour arrêter d’en avoir peur et d’éviter de répandre les fausses idées et ainsi enrayer les comportements susceptibles de lui nuire.

Mythes et légendes

Amplifié par le folklore, les contes et les légendes,  les mythes concernant le loup ont la vie dure. Essayons de démystifier l’idée reçue la plus tenace.

Pourquoi les loups hurlent-ils à la lune ?

L’idée selon laquelle les loups hurlent à la lune n’a aucune corrélation scientifique (encore moins à la pleine lune). Par contre, comme les loups sont principalement actifs la nuit,  il est donc normal d’associer des éléments de la vie nocturne (comme la lune et l’obscurité) à leurs habitudes de vie.

S’ils lèvent la tête vers le ciel en hurlant, c’est simplement pour permettre au son de voyager plus loin. Les hurlements constituent un moyen de communication qui peut véhiculer des informations sur de longues distances. En fonction du ton et de la durée de leur plainte, les loups peuvent véhiculer toute une panoplie de messages.

Il peut s’agir d’un signal de rassemblement, ou au contraire un avertissement qui invite des intrus à quitter leur territoire. Le loup peut aussi former une chorale et chanter en groupe pour ainsi tenter d’impressionner par leur nombre une bande de loups rivale.

Quoi faire si tu croises la route d’un loup ?

Comme la plupart des animaux sauvages, les loups fuiront d’instinct la présence des humains. Si dans certaines circonstances ceux-ci sont plus curieux qu’à l’habitude, affamés ou malades, ils peuvent risquer de s’approcher des humains.

Toutefois, les attaques de loups sur les humains sont d’une extrême rareté.  Mais s’il t’arrive d’en croiser un sache que c’est surtout la façon dont tu réagiras qui assurera ta sécurité.

Voici quelques conseils rapides qui pourront t’aider à te tirer d’une rencontre avec un loup  sans accrocs.

1.      Fait sentir ta présence. Porter une clochette après ton sac à dos, parler quand tu marches permet d’avertir les animaux sauvages de ta présence. Cela suffit habituellement à les tenir à distance et d’éviter de croiser leur route de façon fortuite.

Mais si tu vois un loup et qu’il s’approche de toi, n’hésite pas à taper des mains,  à crier, à souffler dans un sifflet ou frapper dans un objet pour l’intimider. Les loups sont assez peureux devant l’inconnu et toute manœuvre d’intimidation assumée est en générale assez efficace pour les faire fuir. Dans la grande majorité des cas, cette rencontre devrait se terminée ici, mais comme tu aimes te faire des peurs, tu peux continuer à imaginer la suite.

2.      Reste calme et évite de courir. Plus facile à dire qu’à faire j’en conviens, mais c’est la règle de base de toute rencontre avec un prédateur. Si malgré tout ton boucan, le loup persiste à s’approcher, c’est qu’il est très affamé et dans ce cas, la peur et la fuite (la course) sont les deux éléments qui excitent le plus leur instinct de prédateur. Même si tu es « top shape », jamais tu ne pourras semer à la course un animal qui peut courir trois jours dans la neige, donc respire par le nez et calme ton esprit.

3.      Évite de le fixer dans les yeux ou lui tourner le dos. Chez les loups le regard sert à intimider et les fixer dans les yeux peut être interpréter comme un signe de provocation. À moins que tu sois à la recherche d’un « p’tit feeling exotique », c’est à proscrire complètement. Essaie plutôt de te distancer tranquillement de la menace en marchant de reculons ou sur le côté.

4.      Cherche un abri et munis-toi d’un objet pour le maintenir à distance. Si l’animal persiste à te suivre malgré le fait que t’en éloignes, ce n’est pas vraiment un bon signe. L’aspect le plus dangereux du loup est qu’il est rarement seul. Une de ses principales techniques de chasse consiste à encercler sa proie afin de l’assaillir de plusieurs angles à la fois.

Tu peux alors penser à trouver un abri (P.S. Les loups ne grimpent pas aux arbres)  ou t’adosser à un arbre ou une paroi rocheuse afin d’éviter de de faire attaquer de dos. Tu pourras utiliser une branche d’arbre ou tes bâtons de marche pour le maintenir à distance en espérant qu’il se tanne de recevoir des coups sur le museau!

En terminant, tu peux te consoler en te disant que le fait d’entrer en relation avec un loup est plus souvent un cadeau qu’un cauchemar. Car c’est avant tout la façon dont tu aborderas cette rencontre qui donnera un sens à ton expérience.

Si l’Homme est depuis la préhistoire si intrigué par cet animal, c’est qu’il est d’une certaine façon si semblable aux humains. Son côté cruel, dominateur, social et mystérieux ne sont que le reflet d’aspect parmi les plus distinctifs des humains.

Et si nous avons ressenti le besoin de le domestiquer pour mieux le comprendre et que malgré tous ces millénaires de proximités nous entretenons encore une curiosité pour sa nature sauvage, c’est quelque part le signe que cet animal extraordinaire nous enseigne comment mieux vivre en équilibre avec la nature alors que nous continuons de la détruire. Et juste pour ça, nous devons lui démontrer plus de la simple curiosité, nous lui devons tout notre respect et notre admiration.

Sources :

https://www.bonjourquebec.com/

https://www.reportage.loup.org/

https://www.quebecscience.qc.ca/

https://cwf-fcf.org/fr/fcf/faq

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FD
François Dumaine Fondateur

Passionné d'outdoor depuis plus de 15 ans. J'ai créé LGPO pour partager ma passion et aider les randonneurs à découvrir les meilleurs sentiers.

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